introduction d'automne
Beaucoup d'idées naissent à l'automne. Cela doit venir des arbres, ou des feuilles, ou de la luminosité étrange -aussi étrange qu'une annonce escatologique bienveillante- ou de l'odeur d'automne, tout simplement. Une douceur angoissante, ou une angoisse apaisante. Tout cela fait beaucoup de "ou". Le "ou" est un mot d'automne; il en possède la sonorité et la palette des possibilités jaunes, rouges, oranges.
L'automne est la saison du songe aussi.
C'est la saison de la Toussaint,
De la poésie;
Du feu dans la cheminée;
Du chien qui dort;
De la grand mère qui tricote ou qui vient de mourir;
Des marrons chauds, de la nostalgie.
C'est la saison de l'amour tendre, ou délicieusement assoupi;
Et de la chasse à courre...
En fait, l'automne, ça serre à rien.
Finalement, c'est exactement comme la poésie. Vous voulez des poésies d'automne? D'accord; La mort du loup & La maison du berger sont des poésies d'automne. Elles en possèdent tellement l'essence que c'est à se demander si ce ne sont pas elles qui ont
créé cette saison triste. Personne ne pourra jamais pénétrer le plus intime de l'automne s'il n'a pas lu, vécu, digéré et gouté La mort du loup. Et nul, avant, ne pouvait le pénétrer. C'est injuste mais c'est comme ça. Bien sûr, il y avait des automnes avant l'automne 1838. De très beaux automnes même, mais leur essence n'était pas encore extraite. Maintenant que c'est fait...et bien...profitons-en !Il n'y a pas que Vigny qui est un homme d'automne, même s'il en est le père; en fait ils sont plein: Chopin, Sand, Satie (ya pas que des romantiques non plus). Et puis y a tous ceux qu'on connait pas, tous ceux qui sont devant leur feu de cheminée et qui lisent ou pense sans n'avoir jamais
ni rien écrit
ni rien composé
ni rien dessiné
mais qui trouvent tout ça beau.
Tous ceux qui sont heureux d'être triste à l'automne, si la raison est esthétique et douce, sont de petits Vigny. En tout cas je suis presque certain que ce ne sont pas d'immondes ordures.
J'ai oublié quelque chose de fondamental dans la composition de l'automne: Le vent.
"Ni le bois ni la plaine
Ne poussaient un soupir dans les airs; seulement
La girouette en deuil criait au firmament,
Et le vent, élevé bien au-dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires (...)"
Evidemment, la tour, ici, c'est celle du Maine Giraud, posée déjà en 1838 sur les plaines oniriques de l'angoumois.
J'ai envie -maintenant que la nuit commence à tomber sur ma triste campagne- de copier ici un poème dit orinique; ma reprise curieuse de La mort du loup, composée en 2006. La luminosité du ciel, à cet instant, me montre l'approbation des dieux.
Le louvetier et la chasse au loup
Un vieux paysan me contait:
"Au pied du grand chêne, il avait dit un soir: "Il faut tuer ce loup une bonne fois pour toute.
S'il se terre, saisissons-le au sortir du terrier,
s'il s'enfuit, coupons-lui la retraite, s'il attaque, défendons-nous,
si nous ne pouvons avoir le dernier mot,
laissons-le-lui: Qu'il nous dévore,
mais par Grâce,
finissons-en !"
"Le louvetier avait raison;
nul ne pouvait plus vivre
en sachant qu'il rôdait chaque nuit sous la lune
et qu'il sortait des bois
pour guetter nos maisons.
Quand il hurlait, au loin, dans la grande forest bleue,
nous avions des frissons,
mais quand il ne hurlait plus
un silence excessif
attestait sa présence;
dans nos humble foyers
nous tremblions de peur
en serrant nos enfants.
Aujourd'hui, le louvetier est mort..."
Avalant sa salive par sa gorge douloureuse,
il fit rouler ses yeux et j'aperçu sa crainte.
Il conclu, de la voix chevrotante des vieillards appeurés:
"Et le pire dans tout ça, c'est qu'il est revenu..."
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