les vitraux ont des yeux

 Voulons nous visiter quelque chose de spirituel? Plutôt devrais-je dire voulons nous nous laisser projeter dans une insondable lumière pour ressortir tout chose d'une visite qui aura révélé en nous un extraordinaire pouvoir d'auto-apaisement et une profondeur d'un genre nouveau, déconcertant et d'une puissance extrême surgissant de formes et de lumières éminemment simples? Je ne vois présentement qu'un seul lieu... inconnu... reculé... introuvable: la ridicule église de La Magdeleine, précisément située entre Villefagnan et La Forêt-de-Tessé. Pour majorer ce délicieux mystère je me réserve le devoir de ne point divulguer le nom du pays, comme l'on se plaît à dire là-bas.

Au plus profond du désespoir où par l'influence de je ne sais quelle néfaste engeance venimeuse sur mon âme où je me suis vu, une saison, projeté -ce devait être en l'été 2006- j'ai découvert ce lieu. Et la... Ô miracle, Ô délicieux, voluptueux, mielleux, savoureux, lumineux miracle ! Une toute petite église aux pierres bien blanches fondues par la pluie des siècles m'avait laissé sa porte ouverte pour me laisser baigner dans une lumière contemporaine pharaoniquement légère. Et dans cette transparence d'albâtre aux couleurs inefables une multitude de petits yeux d'une rarissime bienveillance me regardaient. Certains (la plupart pour être plus honnête avec mon souvenir) me souriaient, contents de me voir. Contrairement à ce que dirait le philosophe Pierre Benoit, être content n'est pas une joie médiocre, et le simple sourire contenté et amusé de ces petites expressions vivantes me prouve encore aujourd'hui le stricte contraire. Il y avait de même toutes les autres petites bêtes sympathiques qui manifestaient de l'étonnement, de l'interrogation, de la timidité...quelques expressions stoïques qu'il me faut reconnaitre aussi. Elles s'amusaient dans la lumière des vitraux resplendissants d'humilité sous les dernières forces des rayons du soleil de ces plaines éthérées, libres tels de petits anges.

J'étais face au vitraux de Coline Fabre. Alors, en ressortant, si je devais retenir un état intérieur précis, ce serait celui de l'apaisement. Rien de religieux dans cet art, tout de surnaturel, tout de simplement transcendant. Une journaliste à dit un jour à propos de Coline qu'elle était une mystique qui s'ignore. C'était la prendre pour une conne. Il suffit de voir une seule de ses oeuvre des plus médiocre ou des plus débutantes (ce n'est point une honte que de se faire la main pour élever son géni) pour comprendre que Coline Fabre est tout sauf une mystique, et qu'elle n'ignore rien de son sens spirituel, car il s'agit de sensibilité artistique puissante qui par là même est nécessairement spirituelle. Et par sa volonté de réaliser ce qu'elle projette de réaliser, elle ne laisse aucune place au hasard mais développe sa réflexion à travers sa recherche artistique. Une personne mystique se laisse contrôler; une personne spirituelle contrôle; un artiste véritable se devant de se contrôler devient spirituel, et n'est donc point mystique. Cependant, des mystiques pouvaient être spirituels -je pense à sainte Thérèse d'Avila-, mais alors que vient faire Thérésa de Ahumada dans l'art ?
Cette journaliste confondait tout, tombant les deux pieds d'un coup dans le contressens.
Si l'artiste contemporain peut ne pas être spirituel (et les cas sont nombreux), qu'il évitent de vouloir toucher à l'âme comme le font Coline Fabre, Gilles Rosvoal, Jean Dominique Fleury, Gérard Lardeur ou encore Marc Chagall il y a quelque années. Laissons le mysticisme positif aux grands saints, le mysticisme dingue aux tarés et le spirituel artistique aux artistes bienveillants.  

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