ma grand-mère & le Sonsonnette

Publié le par Pierre Thareau de Larial


    Ma grand mère était une femme de lettres. J'ai envie d'écrire sur elle par pulsion; en effet je viens de tomber à l'instant même sur son délicieux visage version photographie des années 60. Une beauté de caractère. Je suis sûr que ce genre de beauté est unanimement reconnue.
    Henriette de L. née en 1898 s'est éteinte sans avoir achevé sa dernière lecture. Si mes souvenirs sont bons il me semble que c'était une biographie de Napoléon III. Elle aussi est passée par Beaulieu-sur-Sonnette. Au fait, savez vous d'où vient ce nom de Sonnette ? C'est une rivière de Charente limousine qui va se mêler un peu plus loin, du côté de Mouton, à une autre petite rivière répondant par son clair gazouilli au nom de Son. On retrouvera ce savant mélange en une forme noble et serpentante telle une sarabande nommée le Sonsonnette. Le Sonsonnette est une rivière du XVIIème alors que la Sonnette -comme le Son- est plutôt du XVIIIème siècle... Le Sonsonnette ne peut se détacher de la rythmique des pièces de viole de Marin Marais. Lorsque l'on doit absoluement franchir le Sonsonnette en en effleurant l'eau à la manière de l'Esprit de l'avant-création il est tout à fait impossible d'éviter les assourdissants pleurs en fête de la Tartatine, de la Gigue la Fleselle, du Rondeau le Bijou ou encore d'une Gavotte. Le Sonsonnette est une rivière du XVIIème et rien, jamais, ne pourra détourner sa course de sa nécessaire raison d'être.
    Ma grand mère était une dame qui dominait tout cela. Je sais qu'elle était la seule à saisir l'âme véritable de ces rivières pour en faire ce qu'elle voulait, et ces rivières déjà charmantes n'en ressortaient que plus belles et plus riches en essences XVIIème ou XVIIIème. Mais elle ne dominait pas que cela. Tout ce qui était au sommet de la plus apaisante beauté de cette vallée limousine était régi par sa poésie. Tout ce qui était formulé par ma grand-mère n'avait pas son pareil en légende.
    En plus de cela, Henriette de L. était une femme libre. Non pas d'une liberté folle qui peut aujourd'hui nous étonner mais qui n'en demeure pas moins ridicule, mais d'une grande, profonde, élégante et intérieure liberté. Je pense que tout est toujours resté à son avantage et que, par le simple agir de sa ferme douceur, rien n'a jamais pu s'opposer à elle ni même osé la contredire. Ainsi la religion n'a t-elle jamais pu obtenir la moindre faveur d'un léger conflit avec elle pour parfaire l'élan religieux de son âme; ainsi jalousies et méchancetés se terraient pleines de honte à ses pieds; ainsi la souffrance poursuivait son oeuvre terrifiante dans son dos et à son insu. Elle ne voyait que ce qui était digne d'être vu par ses yeux d'un autre monde au merveilleux jugement positif. Ma garnd-mère Henriette n'était pas une "autiste de coure" comme le XIXème en fabriquait par milliers par myriades, non: Elle était tout simplement l'incarnation de la grâce...

Le Cours Chagrin déverse son eau comme une fontaine.
Le Cours Fontain crache son ruisseau dans une caverne. On la nomme la Creuse Chagrine. Ainsi fut-elle nommée dès les antiques origines en dépis du bon sens.

Dans le sein de la Creuse Chagrine beaucoup se plurent, beaucoup d'autres n'y vinrent jamais.
Les altérés s'y plaisant y puisèrent l'eau du Cours Fontain; ceux qui jamais ne s'y rendèrent se désaltéraient ailleurs, probablement.

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